22/07/19 - Taïwan - été 2019 - les premières promenades
à l'air libre et puis sous terre,
retourner saluer des connaissances,
et reprendre ses marques.
« France Inter, il est minuit » ça n’est pas non plus pour aujourd’hui.
De toute façon, je n’ai pas encore réinstallé l’application France Inter sur mon appareil moderne.
(d’ailleurs cela implique que je l’ai enlevée, et je me demande pourquoi … probablement parce que la machine était pleine à cause des vidéos de répétition que je ne me résous pas à faire disparaitre et aussi parce je stocke toutes les musiques sans les compresser en mp3 parce que je trouve que cela détériore trop la qualité du son … fin de la digression)
Pas encore de radio donc, mais déjà Internet
(avec un wifi très moyen puisqu’on en parle … qu’est-ce que je digresse aujourd’hui !)
Sur Facebook, tout mon monde est couché.
Aussi bien en France qu’en Asie.
Le nez rivé au faux plafond, je réfléchis.
Pour le moment, je n’arrive vraiment pas à m’habituer à ce nouvel appartement.
La vie sur trois niveaux et demi me fait mal aux genoux,
la vue sur le mur de l’immeuble d’en face ne me fait pas rêver,
du côté de la cour intérieure où je peux aller fumer, c’est pire,
et puis l'interrupteur pour éclaire la chambre qui reste désespérément à l’extérieur …
Qu’est-ce que je regrette Zhongshan et son neuvième étage.
En plus, je n’ai pas le droit d’emmener de l’alcool dans la chambre.
Phrase que je me dis en regardant les deux canettes qui trônent crânement sur le sol.
J’ai déjà enfreint cette règle.
Quel rebelle je fais !
Zhongshan road me manque.
Et ça se voit : mes affaires sont posées sur le sol, comme on le ferait dans une gare en attendant une correspondance.
Le sac noir est à peine ouvert des changements de fringues des premiers jours,
le sac vert n’a pas été vidé.
« n’a pas été » … Comme si quelqu’un d’autre que moi avait dû le faire …
J’ai bien du mal à m’installer et regrouper tous mes moi au même endroit.
Et puis, il y a ce typhon qui n’en finit pas de finir.
Avec ces demi-pluies, ces bruines à deux balles.
Comment voulez-vous que je me sente bien ?
Déjà que dans les premiers jours sur l'île, même quand il fait beau,
il faut que j’oblige ma mélancolie à regagner le tiroir du fond et à y rester,
là, l’appartement, la pluie …
Ça n’aide pas.
Forcément.
Il faut que je me change les idées.
Puisque personne n’est disponible pour parler avec moi, et que la radio est indisponible, je joue.
Heureusement que j’ai toujours mes jeux vide-cervelle.
Casser des pastèques et rechercher des perles m’aère toujours l’esprit.
9h,
bien que la chaleur se soit installée, la pluie repart de plus belle.
Tiens … Voilà une remarque bien occidentale.
Je devrais me souvenir qu’ici, la pluie n’est pas associée au froid.
Encore un signe que je ne suis pas encore tout à fait là …
Je me lève, allume le ventilateur, et me recouche aussitôt.
Mon regard retrouve ce point fixe sur le faux plafond.
Ils avaient prévu une accalmie pourtant.
La joie de me voir vivant et en apparente bonne santé va finir par me suffire mais pour l’instant je râle.
En écoutant la pluie, je fais la liste des choses qui me manquent pour être bien.
La bouilloire (Cheng Wei n’a pas assuré sur ce coup),
des bons biscuits,
la petite enceinte sortie du sac et connectée pour que je puisse écouter la radio,
l’application de France Inter réinstallée sur ma machine,
ressentir chez mes amis une réelle envie de faire ce projet,
(parce que la discussion avec Wan Chu me laisse un peu perplexe … et Cheng Wei, qui est d’habitude dans les premiers à demander quand est-ce que l’on commence à répéter, est jusque là resté bien discret)
En dehors du dernier point de la liste, tout devrait rentrer dans l’ordre au plus vite, il suffit que je me bouge.
Quant à ce dernier point …
10h45,
ruminer en regardant le faux-plafond sur fond de pluie et de ventilateur, ça va un moment.
Je me décide enfin à agir.
Après un petit déjeuner frugal (vivement que j’ai la bouilloire !),
je sors le carnet et un stylo.
Je ne suis pas censé faire de blog pour ce séjour,
(enfin ... peut-être ... si la création se ... mais comme pour l'instant ça … enfin bon vous savez quoi !),
mais bon, j'écris.
Je commence par ce que je suis en train de vivre ce matin, et puis je remonte dans le temps avec le projet d’arriver jusqu’au jour du départ.
Vous savez déjà que je ne suis pas remonté bien loin.
Pourquoi ?
Je vous explique tout ça sur le champ.
11h10,
j’éteins le ventilateur.
Il soulève les feuilles du carnet et ça m’agace.
Dehors, il pleut toujours.
Cela me fait penser que l’année dernière, j’ai laissé de splendides sandales de pluie en caoutchouc noir avec un étonnant dessin de chat sur la bande qui retient le pied.
Je me demande ce que Cheng Wei en a fait.
Il n'a pas pu s'en servir vu qu'il a des plus grands pieds que moi.
Je lui en ai parlé mais il a très asiatiquement botté en touche.
Il va falloir que j’insiste pour qu’au moins, il m’emmène en acheter une nouvelle paire.
Je reprends l’écriture.
La journée du 20.
Mais je sens que je m’endors.
Que faire ?
J’ai encore un peu de temps … mais je veux respecter mon planning du jour qui est le suivant :
d’abord passer à Tsoying, histoire que tout le monde sache que je suis là, puis faire un tour du côté de la nouvelle jetée avant d’enchaîner avec le stage de la Weidancecompany qui commence ce soir à Weywuyin.
Vous connaissez ma passion pour les bus, je sais qu'il y a des lignes directes pour tous ces trajets.
Je me promènerai donc à travers la ville, en surface.
Ce sera le 218 pour aller au lycée et le 219 pour rejoindre la mer.
Une fois arrivé au bord de l’eau, la nuit s’installant à 18h30 au plus tard, j’aurai une heure pour remonter vers l'est et être à l’heure pour mon cours.
Pour ce voyage-là, je pourrais prendre le mythique 248 mais il y aura peut-être des embouteillages.
Je serai déjà assez stressé de rencontrer de nouveaux élèves,
pas la peine d’ajouter une couche de retard à l’aventure, ou la double dose de cachets n’y suffira pas.
Ce sera donc l’option métro : la ligne orange jusqu’à Weywuyin.
Si je veux arriver à l'heure au coucher de soleil et avoir le temps de saluer tranquillement tout le monde au lycée, il faut que je ne parte pas trop tard de l'appartement.
Cela nous donne :
un salut au gardien de Tsoying vers 15h,
(heure à laquelle j’ai d'ailleurs annoncé mon arrivée à Su Ling),
ce qui entraine un bus vers 14h,
donc en comptant large (me connaissant …) un départ de la maison vers 13h30,
et un retour des bras de Morphée une heure plus tôt.
Pas le choix, un réveil forcé est nécessaire.
Alarme à 12h30.
12h22,
c’est que je vois sur ma tablette quand j’ouvre à nouveau un œil.
Je regarde mollement sur le site des transports ainsi que sur la carte.
Le 218 s’arrête juste derrière la maison, à l’arrêt Linsen, sur Janguo road.
J'ai encore un peu de temps, je traîne.
(ce faux-plafond n'aura plus aucun secret pour moi dans très peu de temps)
13h30,
douche (au dernier étage),
habillage, préparation du sac,
et en route.
Comme à ma dernière sortie, j’écoute en boucle la musique du temple.
Cela semble devenir un rituel.
Maintenant que je sais que ça n’est plus besoin d’attendre, mes pas me mènent déjà vers Janguo road quand le portail finit sa fermeture.
Je commence à m’habituer à ces ruelles qui me mènent à l’arrêt Linsen, et au regard intrigué de ceux qui sont en passe de devenir mes voisins.
À Linsen, il y a deux arrêts.
Comme à la gare.
Je cherche l’endroit où je vais prendre le 218.
Les infos défilent sur le poteau qui fait office d’arrêt.
Prochain passage 13h54.
C’est pour bientôt.
13h54 tapantes,
le 218 arrive.
C’est un bus électrique.
Quelques centaines de mètres nous séparent de l’arrêt suivant : la gare centrale.
Si à Linsen tout était plutôt tranquille, là, c'est la grande agitation.
Il y a tellement de gens qui descendent que le temps d'un instant je me suis demandé si je n'allais pas être seul sur la suite du trajet.
Mais j’ai déjà pris ce bus les années précédentes et ça n'est jamais arrivé.
Je ne vois pas pourquoi cela changerait cette fois-là.
Cela se confirme :
Le temps que je me pose la question, le bus s'est vidé par une porte et rempli par une autre.
Il est finalement encore plus plein qu'avant.
Ça m’est égal, je suis confortablement assis sur un des sièges du fond.
En revanche, ce qui m’inquiète un peu, c’est que le bus ne démarre pas.
C’est probablement son faux terminus.
Je vous explique.
En m’intéressant un peu au fonctionnement des lignes ici, j’ai remarqué qu’elles avaient un vrai terminus, où elles s’arrêtaient pour de bon, et un autre qui sert plus de régulation pour respecter les horaires.
Là nous sommes dans le second cas.
Le moteur tourne encore mais ... on attend.
J’espère que ça ne va pas trop durer.
C’est que j’ai un planning à respecter moi !
13h59,
on repart (ouf !)
En route vers le nord-ouest, je regarde la ville avec les musiques qui ont fini ma saison française.
Celles des galas, et bien-sûr le solo d’Anaïs sur lequel il va falloir que je me repenche assez vite.
Pendant que le bus se rapproche de Tsoying, je me rends compte que contrairement aux autres années, je ne suis pas inquiet.
Je n’ai pas cette d’appréhension de croiser ces regards des nouveaux élèves,
ni celle de ne pas avoir de cours à donner.
Peut-être que Su Ling va me poser un lapin comme au printemps dernier.
Mais ça m’est égal.
Étonnant.
C’est aussi bizarre que relaxant.
Peut-être qu’une page se tourne.
En tous cas, ça sera plus facile de la tourner maintenant.
Là, mes notes s’arrêtent.
(rassurez-vous on est sur les derniers jours avec des « trous » aussi importants dans cette histoire, enfin je crois …)
Plus rien d’écrit, mais je me souviens.
Quand je suis arrivé à Tsoying, Su Ling était là, à son bureau de directrice au fond de la salle des profs, ainsi que Tin Wen son assistante, devant l’écran de son ordinateur, juste en face de la patronne.
Ya-Ting sortait d’un cours, elle attendait aussi.
Elle était restée écouter mon rapport.
Su Ling m’a serré dans ses bras, un peu plus fort que d’habitude et j’en ai été un peu gêné parce que j’avais un peu trop transpiré de l’air moite qui plombait l’atmosphère, pour être collé d'aussi près.
Les questions et les remarques ont été les mêmes que celles de Wan Chu.
Mon ventre qui avait disparu, comment s’était passée l’opération, par où étaient-ils passés, est-ce que c’était un cancer.
Une fois que j’ai été passé aux rayons X et que j'ai répondu à toutes les questions, la cheffe a été rassurée et on a pris un thé.
Tin Wen m’a proposé de la remplacer une semaine mais hélas, c’était celle où je travaillais déjà l’après-midi au studio de Fongshan.
Situation inédite : pour la première fois, je refuse des cours.
Ça aussi, ça a fait tout bizarre.
Je ne saurai dire ce qu’en a pensé l’énigmatique Su Ling.
Mais il a fallu que j’explique où je donnais ce stage, et pourquoi, et comment j’avais connu cet endroit.
Une fois l’incident clos, on a refait nos deux mondes.
Comme d’habitude.
La taïwanaise m'a demandé comment les choses se passaient en France, elle a parlé une nouvelle fois du voyage dans le pays en 2014 et des mésaventures angevines,
(je crois qu’elle ne se remettra jamais du fait que les bus puissent ne pas fonctionner le dimanche dans un pays civilisé, heureusement que les trains avaient été à l'heure !)
puis, elle m’a raconté les projets à venir pour les gamins du département danse.
Cette femme a une telle énergie …
Je ne suis pas sûr que les jeunes danseurs se rendent compte de la chance qu'ils ont d’avoir une femme comme ça à la tête du département danse, aussi sévère soit-elle.
Je suis parti de Tsoying un peu avant le lâché de lycéens de 17h.
Entre temps, j’ai eu le plaisir de croiser cette chère Ally, qui m’a discrètement donné rendez-vous la semaine suivante pour une répétition de spectacle et surtout … pour une soirée cocktail !
Ally …
J’ai eu mon bus à temps et après avoir à nouveau traversé la ville, j’ai pu tranquillement faire une balade en solitaire, là où j’étais allé avec Wan Chu dimanche.
En sortant de la station, j’ai enfin pensé à prendre en photo, cet aménagement dont je vous ai parlé dans les aventures précédentes.
Ici, certains couloirs de métro sont équipés de miroir.
Pourquoi ?
Parce que certains soirs, des jeunes gens viennent danser devant.
C’est généralement du hip hop, ou de la street dance.
Ils n’ont pas de professeur, la classe est informelle.
Ils viennent avec leur musique et …
ils dansent.
J’oserai peut-être les filmer un jour.
La suite ?
Et bien de la danse justement, avec mon premier cours du stage de la WeidanceCompany.
Mais ça, je vous en parlerai un autre jour.
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