Avant la traversée


Organiser le séjour,
laisser infuser,
mais avancer quand-même
au cas où ...









Le mois de juillet bât son plein.

Marseille accueille sa première vague de touristes (à moins que ça ne soit déjà la deuxième) et je suis à une dizaine de jours de la traversée.
Un dernier stage pour renflouer les caisses,

une dernière participation à un gala de danse dans une école
où j’ai pu à nouveau tester toutes les danses qu’Anaïs dansera
(ce qui a entraîné pour ma pauvre collègue de devoir mémoriser une nouvelle version de ce qu’elle a déjà appris),
et me voilà (en principe) libéré de toute autre pensée que celle du contenu de mon dix-huitième séjour taïwanais.


Du côté des plaisirs, je partage quelques repas avec mes amis d’ici, Mike, Jennifer et Gabriel (qui m'ont confié des cadeaux pour nos amis taïwanais), Anaïs et William, Caroline (la directrice de l’école de La Ciotat) et son mari.

Je m’offre même quelques jours de villégiature avec ce cher Sylvain.

Du côté de Taïwan, les préparatifs vont bon train.

Il faut me trouver un pied à terre.

Depuis que Cheng Wei s'est séparé de Yung Hua, il a rendu l’appartement de Zongshan road dans lequel ils vivaient ensemble.

Trop cher pour lui.

Le jeune célibataire est retourné dans le deuxième appartement de la famille, qui partage avec sa sœur, comme avant.

Plus de Zhongshan road.

Dommage.

J’aimais bien cet appartement en hauteur avec sa vue sur Gushan.

Et puis, je m’étais habitué au quartier.

Cette fois-ci, à moins que mon ami me trouve un appart’ dans le même pâté d’immeubles, il va falloir reprendre ses marques.

Côté boulot, mon collègue taïwanais m’a organisé trois stages, ce qui devrait me permettre de payer mon loyer et (avec un peu de chance) de vivre tranquillement sans avoir à retirer de l’argent de mon compte.

Le premier c’est celui qu’il gère lui-même.

Ce rendez-vous désormais annuel donne à sa compagnie plus de visibilité et permet d’attester de sa vitalité.

Le deuxième est aussi un rendez-vous qui tend à être annuel. 

Hsu Lin, du petit studio, lui a demandé si je pouvais revenir.

D’abord, pour les enfants qui (contre toute attente, du moins, contre la mienne) ont demandé à me revoir,
ensuite pour les adultes pour lesquels elle a une demande spécifique : elle aimerait plus de jazz.
S’ajoute à ces deux événements, une nouvelle invitation.
La directrice de l’école de Fongshan où nous avons répété les Chroniques veut aussi que je revienne.

Parfait.

Cela nous permettra d’utiliser à nouveau les studios gratuitement sans trop de scrupules.

Cheng Wei aimerait trouver d’autres endroits où je pourrais montrer mon travail.
Mais (pour une fois), je lui dis de calmer un peu le jeu.

Il ne l’a pas peut-être pas réalisé (à moins qu’il ne veuille pas le savoir), mais je suis encore convalescent.

Trop charger la mule risque d’être une erreur.
Alors pour le planning des stages, on en est donc resté là.

Et pour tenir compte de mon état, le jeune homme pressé m’a royalement accordé trois jours de repos à mon arrivée …



Wan Chu quant à elle, m’a demandé de lui réserver mon premier samedi.

Il y a un endroit qu’elle veut me faire découvrir.

Je suppose que si elle n’en a pas parlé à Cheng Wei c’est qu’elle veut me voir en tête à tête.

À suivre.

Et au chapitre « à suivre », je sais qu’il y a une nouveauté qui m’attend en arrivant,
car un nouveau personnage est entré dans le cercle de mes amis taïwanais.
Je l’ai appris tout à fait par hasard, à la fin du mois de juin, un jour que je discutais avec eux via Messenger,
histoire d'avoir quelques nouvelles.
Wan Chu me racontait qu'elle avait dansé pour une autre compagnie et que la première de ce nouveau projet venait de plutôt bien se passer.
Cheng Wei, qui finissait aussi une de ses créations dans ces jours-là, n’avait pas pu aller voir notre amie sur scène mais …
il a écrit à propos du spectacle en question :
« ma petite-amie m’a dit que c’était pas terrible »
Rien ne vous choque dans cette phrase ?
Non non, ça n’est pas le fait qu’il ait été aussi franc à propos de la création dans laquelle était notre amie, Wan Chu était d’accord.
Ce qui est important ce sont les trois premiers mots qu’il a écrits.
Cheng Wei a donc … une petite-amie ?

Lui qui habituellement, nous aurait annoncé la nouvelle façon AFP par tous les moyens de communication envisageables, là, il nous glissait l’info discrètement en nous parlant de retours de spectacle ?

Je savais qu’il s’était séparé de Yung Hua peu de temps après notre départ l’an dernier mais depuis, à ce sujet, il avait observé un profond silence radio.

Quel changement !

Et comme si ça ne suffisait pas, non seulement il nous lâchait ça nonchalamment façon il va pleuvoir demain, mais en plus, il ne nous disait même pas qui était l'heureuse élue …
On nous a changé notre Cheng Wei.
Cette jeune femme a l’air d’avoir des talents certains.

Puisque monsieur a décidé d’être secret, j’ai joué le jeu (ce qui, j’en suis sûr l’a passablement agacé).
Je n’ai rien demandé d’autre.
Enfin si.
J'ai le plus dicrètement possible demandé confirmation de l'information.
Cela aurait pu être juste une amie dont il avait décidé de préciser le genre.
Vous savez ? Avec le « friend » anglais on ne peut pas savoir.
Mais non ça n'était pas une amie fille une « girl friend » mais bien une « girlfriend » tout bien attaché.
Dont acte.
À l'occasion de cette confirmation, le jeune avait toutefois jugé bon de préciser que je l'avais déjà rencontrée,
mais rien de plus.
Alors, en me gardant bien de chercher à obtenir des renseignements supplémentaires, je lui ai juste bien fait comprendre que l’information était parvenue jusqu'à mon cerveau de manière forte et claire, sans ajouter l'ombre d'un mot.
Aucun « tell me more » comme le faisaient les amis de John Travolta dans Grease.
Rien.
Une ostensible indifférence.
Ça lui apprendra.
En plus, de cette manière, à moins qu’il ne soit absolument plus le même, j'étais sûr qu’à la gare de Tsoying, il m’accueillerait avec quelqu’un d’autre qu’Ha Bao à ces côtés, arborant ce sourire niais que je lui connais lorsqu'il est amoureux.


J'aurais donc passé un quart de cet article à vous parler de la chose la moins importante pour la création,
revenons-en justement à cet envisageable projet.
De mon côté, je n’ai pas fait grand chose de créatif ces derniers jours.
Enfin … Ça … c’est que j’ai écrit dans la première mouture du texte que vous découvrez.
En me relisant, je dois dire que, pour quelqu’un qui avait décidé de ne rien faire si ce n’est laisser infuser les choses, je me suis un peu éloigné de mon objectif.
En fait, j’ai avancé tranquillement au gré de mes envies.
La chance de pouvoir faire ce que l’on aime …

J’ai d’abord développé une nouvelle musique à partir de ce que j’avais entendue à ma dernière visite à Fo Guan Shan.

Je l’ai simplement appelée « au temple »
Pas sûr que je m’en serve pour quoique ce soit mais déjà cette mélodie a un sacré pouvoir, celui de me détendre.

Si elle peut avoir le même effet sur d’autres personnes, ma foi, pourquoi pas ?
Ensuite, j’ai raccourci la musique d’Anaïs.

Ce que j’ai vu de la vidéo de la répétition de vendredi 28, m’a donné à penser qu’il ne fallait pas que je fasse plus long.

Il y avait déjà bien assez de danse.
Peut-être un peu trop d’ailleurs.
Il manquait juste une fin, qui servirait de transition avec … ce qui viendrait ensuite.



Et à propos de ce qui allait pouvoir venir ensuite, j’ai bien avancé sur les questionnements que j’avais à propos de la distribution et du déroulement de la nouvelle pièce.

Cheng Wei ouvrira le bal.

Une réponse du berger à la bergère Wan Chu, qui commençait par un solo notre première pièce commune, « la Septième Nuit ».
Il sera précédé par un speech de Mike qui parlera du projet.


« Si je ne reviens pas » sera le dernier texte du spectacle.

Il sera dit par Mike depuis le public, et, vu ce que raconte le texte, je me suis dit que ça serait peut-être une belle idée que nous soyons aussi avec les spectateurs, laissant une scène vide.

À moins que nous ne soyons assis de dos au bord de la scène ?

Je ne sais pas encore.
En tous cas, l’idée d’un plateau sans danseurs me plait.
Le choix de ce que nous ferons à ce moment-là nécessite encore un temps d’infusion.
Le solo d’Anaïs sera aussi vers la fin mais je ne sais pas encore exactement où.

Sinon, il y aura trois duos.
En plus de la lettre de Victor Hugo à Adèle Fouchet qui vous vous souvenez revient à Anaïs et Cheng Wei,
« À ma femme aimée » sera dansée par Anaïs et Wan Chu.
Elles incarneront toutes les deux, celle à qui la lettre a été adressée.
Pour « message personnel », j’ai décidé de créer deux danses.
D’abord, le troisième duo que Wan Chu fera avec Mike qui dira les paroles de la chanson en se déplaçant avec elle.
Je vais pouvoir les plonger dans tout un tas de situations très amusantes que je n'imagine même pas encore.
(enfin .. quand je dis amusantes ... cela sera surtout pour moi ... j’imagine déjà la tête de Mike quand je vais lui annoncer la chose …)
Ce duo sera suivi d’un solo de Wan Chu, une sorte de souvenir de la rencontre, à moins que cela soit la réponse dansée au message personnel envoyé par Mike juste avant ?
Je ne sais pas encore.
Infusion, infusion.

Un de ces trois duos sera placé juste avant la grosse d’ensemble, qui (comme souvent), sera au milieu du spectacle
.
Elle s’appuiera sur la lettre de mon ami Tim à propos du 11 septembre.

L’autre texte où nous serons tous sur scène est celle d’Albert Londres.
Il y a de grandes chances que cela soit celui dans lequel j’introduirai un peu d’humour.
Parce que vu la teneur de toutes les autres lettres, en dehors peut-être de celle d’Anaïs qui est plus positive, si on ne respire pas à ce moment-là, on va rester en apnée tout du long.

Ce qui implique que d'autres points de décompression devront être posés ça et là.
Mais où ?
Allez savoir.
Il y en aura probablement un après le 11 septembre .
Pour le reste ... Infusion ...
Quelle sera la teneur de ces points qui feront rire public et danseurs ?
En ce début d'été, je ne vois du tout ce que cela pourra être.
Mais je ne suis pas inquiet.

Pour ce qui est des gags, si je ne les trouve pas moi, ils se présenteront bien d'eux-mêmes un jour ou l’autre pendant que l’on travaillera.


Voilà.
Avec tout ça, je peux sereinement partir me ressourcer à l’est.

Cette fois-ci, les dés sont jetés, mais pas de pression.
J’ai quand-même contacté Éric au théâtre des Chartreux qui nous accueillera avec plaisir,
mais on a prévu ça pour la fin du printemps.

Comme ils font une programmation par trimestre, cela me laisse un délai de réflexion.
Si pour une raison ou une autre, la mayonnaise ne monte pas, je laisse tomber.
L’été me dira si pendant la soirée de présentation de saison du théâtre, je serai dans les orateurs … ou dans les gradins.

Jeudi 18 juillet, 16h,
je quitte le pays.

Objectif : être heureux, reprendre des forces et …
éventuellement …
commencer un projet dont je ne suis pas encore vraiment tout à fait …
certain.










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