20/07/19 - 2 - Taïwan - été 2019 - l'emménagement
mais le souvenir d'un voyage très moyen
et d'une première nuit particulière
offerte en cadeau de rattrapage
(cette fois-ci, je vous le promets, je vous dis tout dans le bon sens)
Le petit frère de l’est m’envoie un message :
« bonjour !
Tiens toi prêt, on bouge bientôt. »
Bientôt ?
Voilà qui est très précis …
Je sais que je ne suis là que pour une nuit, mais si j’avais pu en savoir un tout petit peu plus sur la suite des événements, cela aurait été un poil plus confortable.
Avant de s’agiter, réfléchissons.
Vu que je suis dans une structure plus ou moins hôtelière, je suppose que je dois quitter les lieux au plus tard à midi, je devrais donc avoir deux heures devant moi.
Je demande confirmation :
« 12:30 »
Ah …
Ça me parait tard mais … il sait ce qu’il fait.
Voir le verre à moitié plein, ne pas s'inquiéter pour rien : j’ai encore un peu de temps pour regarder le ciel.
11h30,
le slovaque tape à la porte et me dit :
« vous avez encore du temps … mais la femme de ménage va passer bientôt … »
Je range le peu d’affaires que j’ai dérangées pendant ces heures passées dans ce lieu insolite,
et je me jette à nouveau sur l’immense lit.
Ce ciel est désespérément gris, mais je crois que ça me plaît.
12h30,
Message de Cheng Wei, il est en bas.
Je prends mes trois sacs et descends le retrouver.
L’hôtel-auberge de jeunesse est désert.
Il ne semble pas y avoir âme qui vive dans les couloirs.
Sinon, elles sont bien silencieuses.
Même le slovaque a disparu.
Je n’entends qu’un aspirateur dans une chambre au bout du couloir.
C’est bizarre de quitter un hôtel sans dire au revoir à qui que ce soit …
Cet endroit aura été singulier à bien des égards et jusqu’au dernier moment.
Me voilà sur le trottoir avec tout mon barda.
Organisation du scooter pour qu’il puisse être aussi équilibré que possible avec un voyageur et trois sacs supplémentaires.
Pas de quoi s’inquiéter, nous l’avons déjà fait un certain nombre de fois.
Le petit marron est en bandoulière sur mon épaule gauche, le grand noir est sur mon dos et le vert devant les pieds de Cheng Wei à l’avant du scooter.
Il faudra que quelqu’un nous prenne en photo un jour.
Comme je suis arrivé de nuit et qu’il faut bien l’avouer, j’étais bien fatigué, je me suis laissé conduire jusqu’à l’endroit que nous sommes sur le point de quitter sans vraiment regarder où il se situait dans la ville.
J’avais bien sûr la possibilité de regarder sur un plan de ma tablette en copiant l'adresse de la carte de visite que m’avait laissée le slovaque quand il m’a accueilli, mais j’aurais aimé trouver tout seul.
Un seul indice m’a permis de me repérer un peu :
la vue que j'avais de Gushan quand j'étais dans la baignoire sur le balcon de la chambre d’hôtel (je crois que ça, je ne suis pas prêt de l’oublier)
La colline était bien plus proche que lorsque je la regardais disparaître les jours de pluie depuis le balcon de Zhongshan road, ce qui voulait dire que j’étais en centre-ville mais plus à l’ouest.
Mais où ? Aucune idée.
C’est quand nous avons quitté l’hôtel que j’ai retrouvé mes repères.
Cheng Wei nous a emmené déjeuner dans un restaurant où nous étions déjà allés.
Non loin de cet endroit, je m’étais fait faire des nouvelles lunettes et j’avais aussi acheté une nouvelle batterie pour mon appareil-photo.
Si vous avez réussi à vous souvenir de tout, vous avez deviné, le quartier des lunetiers c’est Yangchebu.
Voilà où j’ai dormi.
Heureusement que nous n'étions qu’à quelques minutes de l’hôtel, parce qu’il a recommencé à pleuvoir dès notre arrivée.
La fin du typhon, encore ...
J’aime bien ce restaurant tout ce qui a de plus local.
Ça n’est pas une gargote classique du pays comme celle où nous avions emmené Anaïs et William pour leur premier déjeuner.
On sent que les propriétaires ont voulu faire quelque chose de plus moderne.
Mais le repas y reste typiquement taïwanais.
J’ai commandé ce que j’avais pris les dernières fois : du riz aux crevettes séchées (dont on mange la peau) et des petites saucisses que j’aime bien.
Pendant que nous déjeunons, Cheng Wei reçoit un coup de fil.
C’est la propriétaire de l’appartement, elle nous attend.
Nous sommes loin d’avoir fini notre repas.
Discussion en mandarin.
Cheng Wei raccroche.
Tout est réglé.
Jin Li ira chercher les clés et prendre les recommandations pour l’appartement.
Nous la rejoindrons quand nous aurons fini.
Parfait.
Nous pouvons digérer tranquilles.
(je l’aime bien Jin Li)
14h,
le déjeuner est fini,
il pleut encore.
Avant de réfléchir à comment rejoindre l’appartement, Cheng Wei et moi déplaçons le scooter et mes sacs sous une alcôve au sec.
Je ne suis pas bien rassuré quant à laisser mes affaires dehors sans surveillance, mais on est à Taïwan alors …
Mon ami l’a peut-être fait exprès mais nous sommes juste devant une boutique d’un des réseaux téléphoniques du pays.
Je ne sais jamais vraiment à quel point il planifie les choses ou s’il est poussé par des rafales de hasard.
Quoiqu'il en soit, autant se débarrasser d’une des étapes incontournables de mon installation taïwanaise : l’achat d’un forfait téléphonique local.
La carte SIM est installée dans mon portable, il ne nous reste plus qu’à aller découvrir mon nouveau chez moi de cet été, qui pour l’instant est bien humide.
La pluie semble avoir décidé de nous accompagner cet après-midi.
Impossible de traverser la ville en scooter.
Que faire ?
Là, le réflexe du taïwanais classique aurait été de chercher un taxi.
Mais Cheng Wei est un jeune homme moderne, il se sert donc du service récemment arrivé sur l’île : Uber.
L’été dernier, ils n’en étaient qu’aux balbutiements.
Cela fonctionnait surtout chez les branchés impatients de Taipei.
Dans le sud, on considérait que c’était bien trop cher pour ce que c’était.
Depuis, la mode a conquiert le sud.
Et même si c’est plus cher, mister Restless tient à rester tendance.
Il dégaine son smartphone et commande une voiture.
Je ris.
En quelques minutes une voiture arrive.
Nous aurions pris autant de temps pour nous rapprocher de la station de métro où traînent toujours des taxis en quête de clients, surtout un jour de pluie,
mais bon, soyons modernes.
Nous traversons la ville dans une berline aux vitres teintés et aux sièges aussi confortables qu’immaculés.
La Love River, Formosa Boulevard, nous sommes sur Zhongzhen road en direction de l’est.
On tourne à gauche au niveau d’une église qui m’est familière.
Quelques mètres plus loin, je reconnais un immeuble.
C’était là qu’Anaïs et William habitaient l’an dernier.
La voiture remonte la rue, qui est aussi large qu’un boulevard, croisant tous ces noms que je connais par cœur.
Liouhe, Cisian, Bade, Janguo.
Après Janguo road, la chaussée se rétrécit.
Nous sommes maintenant dans une de ces ruelles de quartiers anciens que l’on trouve dans toutes les grandes agglomérations taïwanaises.
Le chauffeur tourne à gauche, puis ralentit.
Il a bien raison car la voiture frôle parfois les pots de fleurs joliment installés aux entrées des immeubles.
Nous y sommes.
21, Zhongxiaoyi road.
Ce sera mon adresse de l’été.
(et ... petite remarque entre nous : la photo de couverture tout là-haut n'a pas été prise ce 20 juillet.
Les plus perspicaces d'entre vous s'en sont sûrement doutés car comme je vous l'ai dit, ce jour-là, il faisait gris.
Ce cliché date d'une semaine bien plus ensoleillée car ... une fois de plus ... je n'ai pas eu l'idée de prendre une photo en arrivant)
Jin Li est là.
Elle nous attend paisiblement.
Mon nouveau home sweet home est une ancienne maison familiale, déstructurée en chambres louées façon airbnb (qui a l’instar d’Uber est en train de se développer ici)
Je vais vivre sur trois étages.
La cuisine est à côté du garage, au rez-de-chaussée (non pas que je vais cuisiner mais il y a le réfrigérateur et ici, c’est incontournable), ma chambre est au second étage, les toilettes à un demi-niveau en dessous et la douche au dernier sous les toits.
Tout ça n’est pas terrible pour mes genoux.
Mais quand on a un petit budget, on prend ce qu’on nous donne ...
Vestiges de l’époque où la bâtisse n’était utilisée que par une seule famille, les pièces s’allument et s’éteignent de l’extérieur.
Il va falloir que je m’habitue .
De mes fenêtres, je vois les immeubles d’en face dont les façades ne sont qu’à quelques mètres.
Plus de pipe réflexive en regardant le soleil se coucher.
Dommage.
Pour me livrer à cette activité, il va falloir que je rejoigne le balcon grillagé au bout du couloir en face de la porte de ma chambre, juste après cette pièce sans fenêtres mais équipée d'un lit, qui, je l’espère, va rester inoccupée.
Bien que le soleil ne rentre pas directement dans la pièce, il va quand-même falloir que j’ai des armes pour combattre la chaleur.
Là, j’ai le choix.
Ventilateurs ou climatisation.
Il y a une armoire, une table.
Le lit est confortable.
Tout cela est un peu frugal mais ma foi, je m’en accommoderai.
(pas de budget … pas de budget)
Je crois qu’il ne manque qu’une bouilloire.
Cheng Wei a oublié.
J’espère qu’il me l’amènera demain.
Mon gros sac noir trouve sa place et je le déleste immédiatement du cadeau que Jennifer m'a confié pour Cheng Wei.
C'est un tee-shirt de Marseille (que vous verrez sur lui très bientôt).
L'occasion pour vous de voir Jin Li et de retrouver le sourire stupide de son compagnon.
Avant de me laisser, mes amis me montrent sur une carte où sont les commerces les plus proches.
Il y a deux Seven Eleven sur Janguo road et un supermarché pas très loin.
Parfait pour les courses.
Il ne me reste qu’à apprivoiser le quartier.
Si Janguo road longe l’autre côté du pâté d’immeubles dans lequel je suis, et que l’on a tourné à l’église juste après Formosa Boulevard, c’est que je dois être dans le quartier de la gare, juste un peu plus à l’est de mon ancien appartement.
Je vais explorer tout ça.
Sur des cartes d’abord et en balade dès que je le pourrai.
(et en écrivant toutes ces considérations géographiques, je me rends compte que de toute manière je pourrais vous raconter n'importe quoi, vous ne sauriez pas si j'ai raison ou non, à moins d'aller voir sur un plan de la ville, mais bon, tant qu'à partager avec vous mes pensées ...)
Les amoureux s’en vont, Cheng Wei a un cours à 16h.
J’allume le ventilateur et m’endors.
Je n’ai quasiment fait que ça depuis mon arrivée, comme à chaque voyage, mais peut-être un peu plus que d’habitude.
Je ne mets pas le réveil.
Le rendez-vous avec Wan Chu n’est qu’à 19h30 à la station de métro de Sizhiwan.
D’ici là, je serai revenu du pays des songes.
Enfin, j’espère.
De toute façon, je sens que je suis trop inquiet de rater le rendez-vous pour dormir autant.
Bref, je continue à régler mon corps au rythme taïwanais par une sieste salvatrice.
18h,
la sieste réparatrice a fait son effet.
Je jette un œil sur les cartes, repère la gare, les arrêts de bus.
C’est bien ce que je pensais.
Je suis juste à côté de la gare, mais un peu plus à l’est.
La rue dans laquelle j’habite donne d’un côté sur Zhongxiao où habitaient Anaïs et William et de l’autre sur Linsen road que je connais aussi car c’est le nom de l’arrêt de bus juste avant la gare quand je prends le … 248.
Ma ligne de bus fétiche va donc encore être à mes côtés pour ce nouveau séjour.
Je jette un œil sur le site des transports,
à cause des intempéries, et notamment des inondations du côté de Fongshan, ils ont réduit la fréquence des bus.
Dans ce cas, j’irai à mon rendez-vous en métro.
Cela me laisse une heure pour me préparer et … revenir voir si par hasard, il n’y aurait pas un bus juste à l’heure où je déciderais de sortir.
(ça serait quand-même chouette une balade en bus pour ma première sortie)
Que faire pour tuer cette heure supplémentaire d’oisiveté ?
Surtout pas se rendormir.
Je peux en revanche, réfléchir à ce que je vais mettre tout à l’heure tout en restant confortablement couché à côté du ventilateur.
Alors quel short choisir ?
Tiens, celui que Wan Chu m’a offert en 2016.
Je flotte un peu dedans depuis que j’ai maigri après l’opération mais ça ira avec une jolie ceinture (en espérant que je ne l’ai pas oubliée chez moi)
Je vais l’accompagner de ce teeshirt que j’ai acheté au nightmarket l’an dernier et des fameuses sandales dont vous vous souvenez peut-être.
Un total look taïwanais.
18h40,
découverte de la douche.
Tout un assortiment de produits est à ma disposition.
Il y a ce Ponpon spécial Man qu’il faudra que j’essaie, mais il y a ce « l’ivresse - parfum bourgeons d’été » qui est très tentant (ils ne savent pas quoi inventer)
Débutons par l’ivresse, ça ne peut pas faire de mal.
19h,
première sortie.
Entre les oreilles, j’ai ma nouvelle composition faite à partir des psalmodies du temple.
J’actionne pour la première fois le portail du garage qui fait office de porte d’entrée de la maison avec le bip que Jin Li m'a confié.
Ce petit bout de plastique sera ma clé de l’été.
Première constatation : le portail remonte lentement.
Il va falloir que je tente de l’actionner depuis l’escalier parce que ces secondes d’attente dans le garage à regarder un volet électrique se lever vont très vite me déplaire.
Le portail est ouvert, je sors dans la rue et appuie à nouveau sur le bip pour la fermeture.
Comme je ne suis pas sûr qu’il s’arrête automatiquement quand il sera en bas, j’attends pour vérifier.
Deuxième constatation : la fermeture est encore plus lente que l’ouverture.
Alors non seulement il va falloir que je lance l’ouverture depuis l’escalier mais il va falloir que j’arrête la montée de la chose le plus vite possible et que je passe sous le portail à mi-hauteur.
Tant pis pour mon dos mais attendre aussi longtemps, c'est certain, ça va m'agacer très bientôt.
Le portail est enfin fermé.
Et il s’arrête automatiquement.
C’est déjà ça.
Je prends à gauche jusqu’à Linsen road puis je tourne encore à gauche.
Après quelques mètres à peine, me voilà en terrain connu, sur Janguo road.
Cette grande artère est toujours aussi animée.
Me reviennent à l'esprit les jours nous avons filmé dans la fameuse scène du scooter des Chroniques.
Quelle histoire ...
Un bref coup d’œil sur le site des transports depuis mon portable m’indique qu’hélas il n’y a pas de bus dans la demi-heure.
Fongshan doit être encore bien bloquée par les eaux.
J’espère que Cheng Wei ne prend pas trop de risque avec son scooter.
Donc pas de bus, je vais rejoindre Sizhiwan en métro.
De l’arrêt de bus de Linsen, je ne suis qu’à quelques mètres de la nouvelle entrée de la station de la gare.
En route.
À quelques mètres … c’est ce que je croyais.
Nous sommes à Taïwan.
Le pays où les travaux traînent le moins possible.
Dans l’année qui s’est écoulée entre mes deux voyages, tout a encore changé.
Le grand bâtiment qui longeait la gare routière, devant lequel j’ai pris le taxi un certain nombre de fois, a tout simplement disparu.
La gare ferroviaire a plongé dans les sous-sols.
Il y a un autre parcours pour rejoindre la nouvelle station de métro située 200 mètres plus au nord que la précédente.
Maintenant, il faut longer une allée couverte qui aboutit dans un immense hall où on accède aux quais des trains qui ont été enfouis.
De là, il faut trouver l’accès au métro.
Et la première fois, ça n’est pas gagné car tous les panneaux ne sont pas tous écrits en anglais.
Une fois trouvé le bon signe, on prend un premier escalator qui semble donner accès à un futur centre commercial,
puis un second qui nous relie à la salle de contrôle où on peut acheter des billets et passer les portillons,
et enfin un dernier qui aboutit sur le joli quai tout neuf, et encore plus propre que l’ancien (ce qui n’est pas peu dire).
La découverte de ce nouveau chemin me fait arriver sur le quai à 19h11.
Cela va peut-être faire court pour être à 19h30 à Sizhiwan.
J’envoie un message à Wan Chu pour lui annoncer un possible retard, mais je ne suis pas inquiet.
Pour ce qui est des sorties, contrairement au travail, Wan Chu n’est pas très ponctuelle.
Le métro de la ligne rouge arrive.
Je reste devant la porte dans le wagon pour être sûr de sortir le premier à la station suivante, celle où je change de ligne.
J’ai pris soin d’être à l’endroit le plus proche de l’escalier de correspondance.
C'est pratique de connaître tous ces endroits sur le bout des genoux.
Formosa boulevard, je saute le premier de la rame, monte rapidement les escaliers (mais sans courir non plus …) et prends d’un pas pressé le couloir qui me mène au quai de la ligne orange.
Quand j’arrive au bout du quai, la rame en direction de Sizhiwan est annoncée.
J’accélère le pas autant que possible avec mes genoux fragiles.
Heureusement que c’est une heure de pointe.
Il y a beaucoup de monde qui descend.
Les portes restent ouvertes juste assez longtemps pour que je ne rate pas ce départ.
La ligne orange.
Celle où j’ai des souvenirs à presque toutes les stations.
Celle qui m’a déposé devant les couchers de soleil … tous ces couchers de soleil.
Pourvu qu’il fasse vite beau.
19h27,
je suis à Sizhiwan.
Le petit bus de la ligne 1 me donne envie d’aller jusqu’à la mer.
Wan Chu et Jim arrivent par le tramway.
Je me dirige à l'arrêt du « câble car », comme l’appelle la taïwanaise,
personne.
Évidemment je m’inquiète !
J’ai beau me souvenir, comme je vous l’ai écrit tout à l’heure, que Wan Chu et Jim sont toujours les derniers arrivés quand on fait des dîners ou que l’on va chez Peter, je me dis qu’il s’est passé quelque chose.
Je vérifie sur mon smartphone si je ne me suis pas trompé de lieu de rendez-vous.
C’est bien ça.
19h30 à la station de Sizhiwan.
19h30 !
Voilà ce qui se passe.
Il n’est pas encore 19h30.
Je suis … en avance.
Et ça, je n’en ai pas du tout l’habitude.
Un tramway arrive.
Je guette si la tête du grand Jim dépasse du flot des taïwanais qui sortent des wagons.
Toujours rien.
Mais c’est donc tout à fait normal puisqu’ils sont habituellement en retard et qu’en plus, j’ai prévenu que je risquais de ne pas être à l’heure.
Je retourne sur mes pas vers la station de métro.
Ils ne vont pas tarder.
Pour éviter que l’on se courre après entre les deux stations (métro et tramway), j’envoie un SMS à Wan Chu pour lui dire que je vais m’installer sur les petits bancs devant l’arrêt de bus.
La connaissant, elle lira probablement le message quand on se sera retrouvés mais au moins, j’ai la conscience un peu plus tranquille.
Et puis comme ça, elle aura mon nouveau numéro de téléphone.
Le texte est envoyé, je range mon portable,
quand je lève la tête, je reconnais sa silhouette frêle devant le feu tricolore.
Je fais des grands gestes pour qu’elle me repère, puis je fais l’idiot feignant de ne pas la voir et de la chercher partout, sous les bus, dans les bosquets, elle rit.
Et puis, je la prends dans mes bras.
J’ai retrouvé Wan Chu, et je suis content.
Si Janguo road longe l’autre côté du pâté d’immeubles dans lequel je suis, et que l’on a tourné à l’église juste après Formosa Boulevard, c’est que je dois être dans le quartier de la gare, juste un peu plus à l’est de mon ancien appartement.
Je vais explorer tout ça.
Sur des cartes d’abord et en balade dès que je le pourrai.
(et en écrivant toutes ces considérations géographiques, je me rends compte que de toute manière je pourrais vous raconter n'importe quoi, vous ne sauriez pas si j'ai raison ou non, à moins d'aller voir sur un plan de la ville, mais bon, tant qu'à partager avec vous mes pensées ...)
Les amoureux s’en vont, Cheng Wei a un cours à 16h.
J’allume le ventilateur et m’endors.
Je n’ai quasiment fait que ça depuis mon arrivée, comme à chaque voyage, mais peut-être un peu plus que d’habitude.
Je ne mets pas le réveil.
Le rendez-vous avec Wan Chu n’est qu’à 19h30 à la station de métro de Sizhiwan.
D’ici là, je serai revenu du pays des songes.
Enfin, j’espère.
De toute façon, je sens que je suis trop inquiet de rater le rendez-vous pour dormir autant.
Bref, je continue à régler mon corps au rythme taïwanais par une sieste salvatrice.
18h,
la sieste réparatrice a fait son effet.
Je jette un œil sur les cartes, repère la gare, les arrêts de bus.
C’est bien ce que je pensais.
Je suis juste à côté de la gare, mais un peu plus à l’est.
La rue dans laquelle j’habite donne d’un côté sur Zhongxiao où habitaient Anaïs et William et de l’autre sur Linsen road que je connais aussi car c’est le nom de l’arrêt de bus juste avant la gare quand je prends le … 248.
Ma ligne de bus fétiche va donc encore être à mes côtés pour ce nouveau séjour.
Je jette un œil sur le site des transports,
à cause des intempéries, et notamment des inondations du côté de Fongshan, ils ont réduit la fréquence des bus.
Dans ce cas, j’irai à mon rendez-vous en métro.
Cela me laisse une heure pour me préparer et … revenir voir si par hasard, il n’y aurait pas un bus juste à l’heure où je déciderais de sortir.
(ça serait quand-même chouette une balade en bus pour ma première sortie)
Que faire pour tuer cette heure supplémentaire d’oisiveté ?
Surtout pas se rendormir.
Je peux en revanche, réfléchir à ce que je vais mettre tout à l’heure tout en restant confortablement couché à côté du ventilateur.
Alors quel short choisir ?
Tiens, celui que Wan Chu m’a offert en 2016.
Je flotte un peu dedans depuis que j’ai maigri après l’opération mais ça ira avec une jolie ceinture (en espérant que je ne l’ai pas oubliée chez moi)
Je vais l’accompagner de ce teeshirt que j’ai acheté au nightmarket l’an dernier et des fameuses sandales dont vous vous souvenez peut-être.
Un total look taïwanais.
18h40,
découverte de la douche.
Tout un assortiment de produits est à ma disposition.
Il y a ce Ponpon spécial Man qu’il faudra que j’essaie, mais il y a ce « l’ivresse - parfum bourgeons d’été » qui est très tentant (ils ne savent pas quoi inventer)
Débutons par l’ivresse, ça ne peut pas faire de mal.
19h,
première sortie.
Entre les oreilles, j’ai ma nouvelle composition faite à partir des psalmodies du temple.
J’actionne pour la première fois le portail du garage qui fait office de porte d’entrée de la maison avec le bip que Jin Li m'a confié.
Ce petit bout de plastique sera ma clé de l’été.
Première constatation : le portail remonte lentement.
Il va falloir que je tente de l’actionner depuis l’escalier parce que ces secondes d’attente dans le garage à regarder un volet électrique se lever vont très vite me déplaire.
Le portail est ouvert, je sors dans la rue et appuie à nouveau sur le bip pour la fermeture.
Comme je ne suis pas sûr qu’il s’arrête automatiquement quand il sera en bas, j’attends pour vérifier.
Deuxième constatation : la fermeture est encore plus lente que l’ouverture.
Alors non seulement il va falloir que je lance l’ouverture depuis l’escalier mais il va falloir que j’arrête la montée de la chose le plus vite possible et que je passe sous le portail à mi-hauteur.
Tant pis pour mon dos mais attendre aussi longtemps, c'est certain, ça va m'agacer très bientôt.
Le portail est enfin fermé.
Et il s’arrête automatiquement.
C’est déjà ça.
Je prends à gauche jusqu’à Linsen road puis je tourne encore à gauche.
Après quelques mètres à peine, me voilà en terrain connu, sur Janguo road.
Cette grande artère est toujours aussi animée.
Me reviennent à l'esprit les jours nous avons filmé dans la fameuse scène du scooter des Chroniques.
Quelle histoire ...
Un bref coup d’œil sur le site des transports depuis mon portable m’indique qu’hélas il n’y a pas de bus dans la demi-heure.
Fongshan doit être encore bien bloquée par les eaux.
J’espère que Cheng Wei ne prend pas trop de risque avec son scooter.
Donc pas de bus, je vais rejoindre Sizhiwan en métro.
De l’arrêt de bus de Linsen, je ne suis qu’à quelques mètres de la nouvelle entrée de la station de la gare.
En route.
À quelques mètres … c’est ce que je croyais.
Nous sommes à Taïwan.
Le pays où les travaux traînent le moins possible.
Dans l’année qui s’est écoulée entre mes deux voyages, tout a encore changé.
Le grand bâtiment qui longeait la gare routière, devant lequel j’ai pris le taxi un certain nombre de fois, a tout simplement disparu.
La gare ferroviaire a plongé dans les sous-sols.
Il y a un autre parcours pour rejoindre la nouvelle station de métro située 200 mètres plus au nord que la précédente.
Maintenant, il faut longer une allée couverte qui aboutit dans un immense hall où on accède aux quais des trains qui ont été enfouis.
De là, il faut trouver l’accès au métro.
Et la première fois, ça n’est pas gagné car tous les panneaux ne sont pas tous écrits en anglais.
Une fois trouvé le bon signe, on prend un premier escalator qui semble donner accès à un futur centre commercial,
puis un second qui nous relie à la salle de contrôle où on peut acheter des billets et passer les portillons,
et enfin un dernier qui aboutit sur le joli quai tout neuf, et encore plus propre que l’ancien (ce qui n’est pas peu dire).
La découverte de ce nouveau chemin me fait arriver sur le quai à 19h11.
Cela va peut-être faire court pour être à 19h30 à Sizhiwan.
J’envoie un message à Wan Chu pour lui annoncer un possible retard, mais je ne suis pas inquiet.
Pour ce qui est des sorties, contrairement au travail, Wan Chu n’est pas très ponctuelle.
Le métro de la ligne rouge arrive.
Je reste devant la porte dans le wagon pour être sûr de sortir le premier à la station suivante, celle où je change de ligne.
J’ai pris soin d’être à l’endroit le plus proche de l’escalier de correspondance.
C'est pratique de connaître tous ces endroits sur le bout des genoux.
Formosa boulevard, je saute le premier de la rame, monte rapidement les escaliers (mais sans courir non plus …) et prends d’un pas pressé le couloir qui me mène au quai de la ligne orange.
Quand j’arrive au bout du quai, la rame en direction de Sizhiwan est annoncée.
J’accélère le pas autant que possible avec mes genoux fragiles.
Heureusement que c’est une heure de pointe.
Il y a beaucoup de monde qui descend.
Les portes restent ouvertes juste assez longtemps pour que je ne rate pas ce départ.
La ligne orange.
Celle où j’ai des souvenirs à presque toutes les stations.
Celle qui m’a déposé devant les couchers de soleil … tous ces couchers de soleil.
Pourvu qu’il fasse vite beau.
19h27,
je suis à Sizhiwan.
Le petit bus de la ligne 1 me donne envie d’aller jusqu’à la mer.
Wan Chu et Jim arrivent par le tramway.
Je me dirige à l'arrêt du « câble car », comme l’appelle la taïwanaise,
personne.
Évidemment je m’inquiète !
J’ai beau me souvenir, comme je vous l’ai écrit tout à l’heure, que Wan Chu et Jim sont toujours les derniers arrivés quand on fait des dîners ou que l’on va chez Peter, je me dis qu’il s’est passé quelque chose.
Je vérifie sur mon smartphone si je ne me suis pas trompé de lieu de rendez-vous.
C’est bien ça.
19h30 à la station de Sizhiwan.
19h30 !
Voilà ce qui se passe.
Il n’est pas encore 19h30.
Je suis … en avance.
Et ça, je n’en ai pas du tout l’habitude.
Un tramway arrive.
Je guette si la tête du grand Jim dépasse du flot des taïwanais qui sortent des wagons.
Toujours rien.
Mais c’est donc tout à fait normal puisqu’ils sont habituellement en retard et qu’en plus, j’ai prévenu que je risquais de ne pas être à l’heure.
Je retourne sur mes pas vers la station de métro.
Ils ne vont pas tarder.
Pour éviter que l’on se courre après entre les deux stations (métro et tramway), j’envoie un SMS à Wan Chu pour lui dire que je vais m’installer sur les petits bancs devant l’arrêt de bus.
La connaissant, elle lira probablement le message quand on se sera retrouvés mais au moins, j’ai la conscience un peu plus tranquille.
Et puis comme ça, elle aura mon nouveau numéro de téléphone.
Le texte est envoyé, je range mon portable,
quand je lève la tête, je reconnais sa silhouette frêle devant le feu tricolore.
Je fais des grands gestes pour qu’elle me repère, puis je fais l’idiot feignant de ne pas la voir et de la chercher partout, sous les bus, dans les bosquets, elle rit.
Et puis, je la prends dans mes bras.
J’ai retrouvé Wan Chu, et je suis content.
La soirée commence.
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