23/07/19 - 1 - Taïwan - été 2019 - Tainan - chez l'ostéopathe
dans la grande ville d'à côté
avec comme première découverte
une visite médicale
Je tourne depuis un temps certain, dans un sens et dans l’autre, sur ce matelas tiède de ma courte nuit.
Plus de raison de continuer ce jeu.
D'autant que quelque chose du côté de la fenêtre, là, juste derrière le rideau, attise ma curiosité.
Je lance l’opération réveil matin.
Et mon nouveau moi vit très mal cette aventure quotidienne.
Avant ma béquille chimique, même si de l’intérieur tout semble prêt à la mise en route, concrètement je suis encore plus long que le plus vieux des diesels un matin d’hiver.
Résultat de la course du jour : quand j’arrive à m’extraire des bras de Morphée, il est presque 6h.
Presque 6h ?
Puisqu’hier j’ai enfin réinstallé l’application, je vais peut-être l’entendre.
Rush sur ma tablette,
Enfin quand je parle de rush, on est quand-même sur une course ... très molle.
D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je ne me déplace même pas.
Disons que je m'agite.
C'est ça.
Je m'agite.
Mollement.
Enfin bref, je fais aussi vite que possible pour lancer la radio, et là :
« France Inter, il est minuit ».
Le premier de la saison.
Vu qu’à Marseille, mon nouveau rythme de vie m’impose une pénible mise en ordre de marche, qui ne me rend vaguement opérationnel qu'aux alentours de 9h, je n’imaginais pas entendre cette phrase de sitôt.
Taïwan aurait-elle des effets curatifs sur ma petite personne ?
L’avenir nous le dira.
Je vais à la fenêtre voir ce qui m’intriguait,
ce que j’espérais se confirme.
Le ciel est bleu.
Enfin !
Ce satané typhon a finalement compris que je ne voulais plus entendre parler de lui.
Alors après, c'est un peu comme moi le matin, ça n'est pas très clair.
Mes notes me disent que j’ai acheté des viennoiseries quelque part, mais je ne sais pas bien où, et que je les ai savourées ce mardi matin .
Elles me disent aussi que ce cher Cheng Wei m’a offert du thé (qu’il a dû emmener en même temps que la bouilloire pour se faire pardonner de ce début de séjour un peu flou)
mais que comme il était très bon (je parle thé de Cheng Wei . Vous suivez ?), j’avais préféré le garder pour un autre jour, me cantonnant à mon honorable mélange 913 de chez Ren Ten, chez qui j’ai donc dû passer faire quelques achats à un moment qui se situe quelque part entre deux des articles que vous avez lu.
Probablement dimanche.
Mes notes me permettent aussi de vous dire que je suis revenu de ce magasin avec un très joli gong fu cha en verre.
Un cousin de celui qui m’a accompagné sur scène pour les Chroniques.
Remarquez, en romançant un peu, avec les deux photos d'un repas que j'ai croisées dans ma photothèque, qui sont datées du fameux dimanche (et qui, faites moi confiance, n’ont absolument aucun intérêt), j’aurais pu m’inventer une très jolie journée, mais restons dans le vrai.
Disons qu’entre le dîner avec Wan Chu et mon premier jour de stage, j’ai fait un chouette déjeuner avec les amoureux, que Cheng Wei m’a apporté la bouilloire, m’a offert du thé et que j’ai acheté de quoi faire un petit déjeuner honorable.
6h50,
après avoir petit déjeuné et m’être réjoui de la couleur du ciel, je retourne sur le net.
J’ai encore un peu de temps.
Cheng Wei m’a donné rendez-vous à 10h à la station de métro de Fongshan West.
Nous partons en balade avec la voiture de son père mais je ne sais pas bien où.
Il n’est pas encore 1h du matin en France.
Sylvain est toujours en ligne.
Il a un nouveau projet qu’il me raconte par le détail.
J’aime bien quand il est comme ça.
Il est très enthousiaste.
Ça lui fait autant de bien à lui qu’à moi.
Quand il va se coucher, je joue à mes jeux stupides, le temps que les cachets fassent effet.
8h,
la France, endormie, est totalement silencieuse (du moins, c’est le cas de mes amis).
Je vais me faire un autre thé pour m’aider à me réveiller.
Le Gong Fu Cha est en déséquilibre sur ce qui me sert de table basse, le pot tombe.
Des tous petits morceaux de verre blanc envahissent tout le carrelage gris clair.
Énervement.
Je trouve un grand balai mais pas de serpillère, ni de pelle.
Je ramasse le plus de débris possible et en fais un tas à l’entrée de la chambre.
Exit le gong fu cha tout neuf.
Il va falloir racheter de quoi contenir le thé.
Je trouverai surement mon bonheur au supermarché, qui est d’ailleurs déjà ouvert, vu qu’il ne ferme jamais, mais c’est hors de question que j’y aille maintenant, là, tout énervé.
Enfin bon, voyons le verre (c'est le cas de le dire) à moitié plein.
Le verre blanc porte bonheur paraît-il.
Et puis cet événement aura eu le mérite de me réveiller.
Un peu trop peut-être.
Je sens mon cœur qui s’emballe.
Pas terrible.
Ça serait bête de faire un malaise alors que l’on part se promener.
Je me recouche et lance dans mon casque, un cycle d’ondes relaxantes.
Vous ne connaissez pas ?
C’est Sylvain qui m’a fait connaître la chose.
Il y a un site avec toute une série de fichiers à télécharger qui ont comme propriété de stimuler certaines parties du cerveau.
Par exemple, certaines sont sensées favoriser la créativité, d’autres aident au sommeil.
Celles qui fonctionnent bien sur moi, ce sont les ondes relaxantes.
Je m’installe sur le lit, chausse le casque et me laisse emporter.
8h30,
passage à l’ordinateur.
Cheng Wei m’a demandé de lui envoyer les vidéos des classes du petit studio.
Hsu Lin, la directrice, les voudrait pour faire un peu de promotion.
Une fois que je suis sûr que tous les petits films sont expédiés, je prépare mes affaires et monte à la douche.
9h,
je suis prêt à partir.
C’est exactement ce que j’avais prévu.
Je ne suis pas sûr de vous l’avoir dit (j’ai la flemme de relire les articles pour vérifier … et puis de toute manière tout le monde s’accorde à dire que je radote alors ...), dans les changements notables depuis l’opération, il y a le fait que je suis beaucoup moins en retard qu'avant.
De nouvelles connexions de synapses ?
Une aide nouvelle et appuyée de la fée du temps ?
Allez savoir.
En tous cas, Anaïs m’attend beaucoup moins qu’avant en France, j’ai été à l’heure au dîner de Wan Chu et … je suis en passe de ne pas me faire attendre à Fongshan.
9h10,
j’ouvre le portail depuis la dernière volée de l’escalier.
Le temps que j’arrive au rez-de-chaussée, il est monté d’un peu plus du tiers, ce qui me permet de pouvoir passer en dessous et d’enclencher sa fermeture.
Des automatismes semblent se mettre en place.
Mais je ne suis pas encore tout à fait détendu en marchant dans les ruelles du quartier.
(je m’habitue … doucement … mais ça n’est pas encore ça)
Heureusement, j’ai la musique en soutien.
Ce matin, c’est Depeche Mode, « enjoy the silence »
Une de mes chansons préférées.
Surtout en balade.
Elle a juste ce qu’il faut de rythme et de mélancolie pour que ma marche soit assez dynamique et que je sois dans une humeur qui m’est familière.
Métro Gare Centrale.
Je reste debout puisque je change au prochain arrêt.
Formosa, correspondance.
Mes pas me guident automatiquement de la sortie de la rame à l’escalator.
« enjoy the silence » est en boucle sur la tablette, je me dirige vers le quai de la ligne orange comme un robot.
Et justement, le robot qui est en moi ne fait pas le bon choix.
Si la ligne rouge a un quai central, la ligne orange qui est juste au dessus s’arrête à ce carrefour en prenant les passagers à partir des quais latéraux, il ne faut donc pas se tromper de côté.
Quand je sors de mon automatisme pour regarder quand arrive la prochaine rame, je me rends compte que je me suis emmené à Sizhiwan.
Pour mon corps, se diriger vers la mer serait donc un réflexe ?
Possible.
Je souris.
J’ai pourtant bien souvent pris la ligne orange dans l’autre sens.
Pour aller répéter au studio de Fongshan, pour aller donner les stages à Weywuyin, pour les spectacles au 281, et puis bien-sûr pour toutes les fois où Cheng Wei m’a donné rendez-vous à l’endroit où je vais ce matin.
Mais l’automatisme ne s’est pas réglé sur le travail mais bien sur les couchers de soleil.
J’aime ça.
Philosophiquement c'est peut-être très agréable, mais ça n’arrange pas mes affaires.
Moi qui croyait être à l’heure, là, c'est moins gagné.
Je traverse la station au pas de course (à peine moins molle que le rush d'après réveil) pour rejoindre de l’autre côté.
Quand j’arrive sur le bon quai, la rame vient de partir.
6 minutes d’attente.
Mais ... je crois que malgré le mauvais aiguillage, je devrais être dans les temps.
9h49,
je sors à Fongshan West.
En fait, là, je ne suis même plus à l’heure, je suis en avance.
Pourquoi je suis parti si tôt ?
Peut-être qu'inconsciemment j'ai voulu profiter du calme relatif qui règne encore à ce carrefour à cette heure-là.
Puisque j’ai le temps et que la chaleur sèche du ciel sans nuages commence à peser sur mes épaules, je vais m’acheter un jus de fruit au Seven Eleven.
Je le connais par coeur celui-là.
Je sors de la supérette, me trouve un siège avec vue sur le carrefour où mes guides vont arriver, je m'y pose, ouvre ma canette et bourre une pipe.
10h,
une voiture s'arrête.
Cela pourrait être celle du père de Cheng Wei.
(pour moi toutes ces grosses voitures plus ou moins japonaises se ressemblent toutes)
Je me dirige vers la berline aux vitres teintées, prêt à faire une grimace à la vitre, mais je me ravise.
Et si ça n'était pas mes amis ?
Je ne veux faire peur aux passagers.
Un petit coup de fil permettra de clarifier les choses.
Tout en continuant de m'approcher, je sors mon portable.
Il vibre.
C’est Cheng Wei qui m’appelle.
La parfaite connexion :
« on est en route, on arrive sur le trottoir d’en face …
(Cheng Wei me connaît tellement bien qu’il sait exactement où je suis en train d’attendre)
… tiens-toi prêt, on ne va pas pouvoir s’arrêter longtemps »
J’ai bien fait de ne pas taper à la vitre de la voiture qui est maintenant juste devant moi.
Ma canette de jus de fruit est finie.
Je la jette dans une benne à ordure, sous le regard inquisiteur d’une dame qui n’ose pas me dire que ça n’est pas là qu’il faut que je jette la chose parce que cette benne est celle du restaurant.
Pour calmer la situation (qui n'est pas vraiment tendue d'ailleurs), je prends le le regard du touriste perdu qui ne sait pas du tout comment fonctionne le ramassage des ordures dans ce pays, et traverse la rue en faisant mine de chercher quelque chose.
(c’est super pratique de ne pas faire couleur locale parfois)
10h03,
une voiture s’arrête devant moi.
C’est eux.
(et je n’ai pas du tout reconnu l'engin)
Il y a Jin Li, Cheng Wei, et son père qui fait office de chauffeur aujourd’hui.
Cheng Wei me présente son père.
Apparemmment, il faut que je raffraichisse la mémoire de mon ami.
Il semble avoir oublié que Monsieur Huang et moi nous sommes déjà rencontrés un certain nombre de fois :
« ah bon ? »
(non mais lui parfois …)
« je l'ai vu aux spectacles !
et puis aussi chez vous !
tu ne souviens pas que j’ai dîné chez tes parents au moins deux soirs ? »
Cheng Wei fait comme si je n’avais rien dit (ce qui m’agace prodigieusement et fait rire son père).
Il continue à dérouler son protocole, et demande à son père son prénom anglais.
Une nouvelle raison d'agacement.
À croire qu'il le fait exprès.
Je rappelle au jeune taïwanais, particulièrement espiègle ce matin, ce que je pense de cette histoire de prénom d’une autre culture.
Il rit et me dit que son père s’appelle Jason.
Non décidément, je ne me ferai jamais à cette usage de se présenter avec un prénom américain.
D’autant que Jason, ça ne va pas du tout à la mine bonhommique de ce père de famille !
J’en sais plus sur le programme du jour.
D’abord, nous allons chez un ostéopathe.
Il a pris rendez-vous pour moi.
Ensuite, ce sera un déjeuner typique à Tainan suivi de la visite d’un temple.
Ma foi, pourquoi pas ?
En tous cas, il fait beau et chaud.
La voiture est fraîche
et je vais presque bien.
Nous quittons Kaohsiung par le nord destination Tainan.
En route, Cheng Wei me parle de ses projets.
D’autres coopérations avec Hong Kong, peut-être un autre congrès de l’UNESCO,
il n'évoque toujours pas son retour à la fac, qui pourtant, du moins selon Wan Chu, serait prévu pour dans six semaines.
Je sens qu’il va falloir que j’aille à la pêche aux questions, et que pour avoir toutes les réponses, un ou deux cocktails seront nécessaires.
Mon collègue me parle aussi des stagiaires que j'ai rencontrées hier et que je vais revoir ce soir.
Trois d’entre elles lui ont dit me connaître mais il n’est pas bien sûr de l’endroit où elles m’ont croisé.
Vu leur âge, je pense tout de suite à Tsoying.
Je demande si elles sont encore au lycée.
Elles viennent d’en sortir.
C’est donc possible.
Sauf que, je n’ai pas eu les niveau 3 depuis deux ans.
Elles m’ont donc croisé il y a trois étés quand elles rentraient au département danse ?
Probable.
C’était l’année de « In Wei » et j’avais effectivement donné un cours aux nouveaux venus.
Il y avait de plus de 25 élèves, ce qui était une première dans cet établissement.
Je me souviens quand Su Ling m’avait prévenu du changement.
Les classes allaient être plus remplies et les cours plus courts (du moins officiellement puisque il y a toujours une pause entre les classes et que tous les profs ou presque débordent allègrement).
Si je me souviens bien, je ne les ai eu que deux fois et ils avaient goûté à une partie du solo de Cheng Wei.
Je vérifierai ce soir.
10h50,
nous sommes dans les faubourgs de Tainan où nous attend l’ostéopathe.
L’entrée de l’officine est dans une petite ruelle dans laquelle nous nous garons.
Le cabinet est situé au premier étage au fond d’un large hall vide où trône un sapin de Noël quelque peu égaré.
Il y a aussi un trapèze accroché au plafond.
Peut-être que certains patients s'y suspendent parfois.
Les carreaux du sol me rappellent ceux de l’appartement où j’habite
(et maintenant que j’y pense, il y avait les mêmes à Zhongshan road ! Cela doit être une chose courante ici)
On laisse bien évidemment les chaussures à l’entrée.
Des pantoufles sont proposées aux plus frileux mais je préfère rester pieds nus.
Je prends une photo de ce hall pour le moins insolite pour un cabinet médical
(c'est celle qui est au début de l'article),
et, en attendant notre tour, je remplis la fiche de renseignements avec l’aide de Cheng Wei.
Nom, prénom, date de naissance, antécédents médicaux (là il y a vraiment de quoi faire maintenant)
Cheng Wei a aussi pris rendez-vous pour lui mais il me laisse passer le premier.
Il reste pendant la consultation en cas de besoin de traduction.
Le praticien me met sur le dos.
Il ausculte d’abord mon visage et dit quelque chose à Cheng Wei.
« ton visage est déformé »
Allons bon.
Il sort un miroir, me montre des points qui ne sont pas alignés.
Ça ne m’impressionne pas plus que ça sachant que les visages symétriques n’existent pas
(vous avez déjà essayé de prendre un selfie, de le découper en deux et d’inverser une partie de votre visage ? essayez, vous serez surpris)
Puis, il appuie sur un point précis de mon arcade sourcilière droite, et renouvelle l’opération sur ma clavicule, sur mon bassin, toujours sur ce même côté.
J’ai mal.
Aux trois points.
Il fait la même chose de l’autre côté, je ne sens rien.
Cette fois-ci, je suis bluffé.
D’autant qu’il continue ses pressions dans les membres inférieurs et là, tout est inversé.
C’est à gauche que j’ai mal.
Sur les quadriceps, sous le genou.
Mon opération me revient à l’esprit : ils sont passés par la narine droite pour atteindre la tumeur.
Ça a sûrement un rapport.
Nouvelle petite phrase à Cheng Wei :
« il va tout réaligner »
L'aventure commence.
Les manipulations par lesquelles il a commencé sont proches des mouvements de chiropraxie que je subis parfois en France.
J'en suis presque déçu.
Mais ça ne dure pas longtemps : le bonhomme dégaine une sorte d’agrafeuse sans agrafe, ou de pistolet à clous sans clous (du moins je l’espère)
Il calcule des tracés qui semblent être des méridiens, remonte jusqu’au visage, redescend et applique sur des points précis son étrange pistolet.
Cette machine exotique génère des points d’acupression.
À chaque tir, on ressent comme un petit coup de marteau.
Le son semblable à une gâchette est plus impressionnant que la douleur très faible que l’on ressent.
Voilà, je suis réaligné.
Dernière étape, le massage.
À la taïwanaise …
Rien à voir avec ce que peuvent proposer les thaïlandais.
On devrait faire faire subir ce genre de chose à ceux qui confondent les deux pays.
Car on est loin, très loin, du pays avec lequel on confond cette île.
À Taïwan, c’est plus … spartiate.
Un patch chauffant sur le bas du dos, une couverture et il me laisse me « reposer » pendant qu’il s’occupe de Cheng Wei.
Pourquoi des guillemets autour de cette simple action de repos ?
Et bien parce que vue l'ambiance, et le massage que je viens de subir, je n'avais que très peu de chances de me relaxer.
C'est que le praticien, qui m'avait paru assez avare en paroles quand il s'occupait de moi, s'est révélé excessivement volubile.
Pendant toute la séance de Cheng Wei que j’ai entendu à travers le paravent qui me séparait de mon ami, ils n’ont pas arrêté de discuter, et à un volume sonore, plus proche de celui d’un bar que de celui du cabinet d’un médecin.
Quand je repense à l’ambiance zen qu’il y a chez mon ostéopathe français, où je lutte parfois pour ne pas m'endormir lors de certaines séances, ici on se sent plus chez un mécanicien.
Pas de musique douce vaguement chinoisante.
Il y a du son dans la salle d’attente mais on est très loin de la relaxation.
Et pour le secret médical, on repassera.
Si je parlais mandarin, je pourrais tout savoir des problèmes de Cheng Wei.
La patiente suivante, qui est arrivée entre temps, aussi.
De la salle d’attente, elle peut non seulement entendre ce que le docteur dit à mon ami mais elle peut aussi me voir me « reposer ».
Entre deux phrases en mandarin, Cheng Wei me crie : « c’est bon, tu peux te lever ! »
Je suppose que le patron a dû lui dire ça après ce dernier tir d’agrafeuse sans agrafe.
« ah ! tu devrais boire un verre d’eau !
… enfin non … tu ne devrais pas … tu dois ! »
Si c’est un ordre.
Je m’exécute.
Le temps que j’aille remplir un verre à la fontaine à eau qui trône dans la salle d’attente, le père de Cheng Wei y est déjà.
Que ces gens sont serviables …
Petite anecdote.
Quand Jason a rempli le gobelet, il a renversé un peu d’eau sur le carrelage.
Le temps qu’il me l'apporte et qu’il revienne à la fontaine, il n’y avait plus rien par terre, la patiente suivante avait déjà nettoyé le sol.
Un autre monde …
(et Jason … ça n’est pas possible du tout !)
Pendant que Cheng Wei prend ma place sous la couverture, je m'installe dans le fauteuil récemment occupé par la patiente qui est maintenant en cours d'agrafage et note tout de suite cette nouvelle expérience dans le carnet que j’ai judicieusement entreposé dans mon sac marron.
À ce moment-là, dans le grand hall vide, est diffusée une musique d'ascenseur, ponctuée d’un poème … déclamé en français.
11h45,
nous sortons du cabinet et nous nous engouffrons dans la voiture climatisée.
Dehors, il fait 36 degrés.
Prochaine étape, le déjeuner.
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