Pour que naisse la création
choisir qui dansera quoi,
et construire un nouvel édifice,
sans pour autant être sûr de vouloir ni pouvoir le construire.
Si le nouvel opus doit s’appuyer sur des lettres, il faut trouver celles qui seront les plus inspirantes.
J’ai déjà celle que j’ai écrite pour l’anniversaire d’Anaïs,
il y a ce texte rédigé à l’automne dernier que j’ai appelé « si je ne reviens pas »
et puis le poème chinois proposé par mes amis, qui n’est pas une lettre à proprement parlé mais dont on peut aisément imaginer que l'auteur s’adressait à quelqu’un quand il l'a écrit.
(et je me rends compte que je vous en parle comme si vous connaissiez le texte ...
pour vous faire une idée, vous pouvez en lire diverses traductions en cherchant « l'adieu à Cambridge » de Xu Zhimo sur votre moteur de recherche préféré)
Ce seront donc les trois premiers de la liste.
Quand j’ai partagé avec Mike mon idée de spectacle, il m’a proposé un texte d’Albert Londres qui parlait de Marseille à l’aube des années 30.
Le célèbre journaliste s’adresse aux jeunes français et leur conseille de prendre le large, d’aller voir ailleurs.
Il s’appuie pour cela sur la situation de Marseille et sur ce qu’elle peut devenir.
Une vision ô combien intéressante qui permettra dans la version française, de comparer la vision de l’auteur avec ce qu’est devenue la métropole, dans la version taïwanaise, de faire découvrir la ville et dans les deux versions de parler de voyage.
(tenez ! si vous le lire, il est caché derrière ce lien)
De mon côté, j’ai fouillé un peu dans mes cartons virtuels et j’ai retrouvé ce mail reçu par un ami new-yorkais qui travaillait dans une des tours du World Trade Center le fameux jour où les tours sont tombées.
Je l’avais déjà utilisé la première fois que j’avais tenté un projet similaire en .. 2002, et je n’avais jamais été content de mon travail.
Peut-être que je réussirai cette fois ?
Je voudrais aussi travailler sur les paroles de cette chanson de Michel Berger chantée par Françoise Hardy, « message personnel ».
Ce texte qui parle d’amour et de solitude me suit depuis des décennies.
J’ai un peu peur de m’attaquer à ce qui est à mes yeux un monument mais je crois que cela vaut le coup d’essayer.
Si je n’utilise que les mots, on évitera l’écueil du « tube » sur lequel chacun a déjà posé son imaginaire.
Sans la voix de Françoise Hardy, ni la mélodie, je devrais pouvoir m’en sortir.
Six lettres, cela commence à prendre corps.
Il manque quand même de quoi faire un de ces duos où je pourrai à nouveau utiliser ce cher Cheng Wei en amoureux prévenant et timide.
(il le fait si bien)
Il me faut un auteur connu, qui dit des choses qui m’inspirent et qui soit bien romantique.
Romantisme égale XIXe siècle.
Il ne me reste plus qu’à plonger dans tout ce qui a été écrit à cette période-là (et il y a largement de quoi).
Des amours de George Sand, à tous les pavés que l’on nous a fait lire au lycée.
Les Balzac, les Flaubert, Baudelaire, Rimbaud …
Tout ça est un peu trop chargé à mon goût.
Je trouve mon bonheur du côté de celui qui est placé très haut dans mon panthéon de la littérature (et je crois que je ne suis pas le seul …) dont on avale aussi de longues histoires sur les bancs des écoles mais dont on connait moins la littérature épistolaire (du moins, c'était mon cas), j'ai nommé le grand Victor Hugo.
Sa lettre à Adèle Fouchet.
Un bijou.
Là encore, il va falloir être à la hauteur.
Mais qui ne tente rien …
J’ai trouvé cette lettre sur un site qui s’est spécialisé dans les correspondances épistolaires célèbres dans lequel en fouillant un peu, j’ai découvert un auteur plus contemporain, Abdelatif Laabi.
Dans les années 70, il écrit à sa femme depuis la prison après son procès.
Cela s’appelle « à ma femme aimée ».
Un titre qui annonce déjà de bien jolies choses.
Ce qui est intéressant, c’est que ces deux lettres parlent d’amour mais pas au même moment.
La lettre à Adèle est celle d’un amour naissant et adultère, celle d’Abdelatif Laabi se situe après, ils sont déjà mariés et sont séparés sans l’avoir choisi.
Si on ajoute à ces deux textes, le « message personnel » de Michel Berger, on a une troisième étape dans une histoire amoureuse.
Cela pourrait être la première, celle avant que tout ne commence.
(alors en fait, quand on connaît l’histoire, c’est la dernière puisque Michel Berger avait écrit tout ça à Véronique Sanson qui venait de le quitter.
Mais si on ne sait pas, on peut imaginer que l’auteur est épris de quelqu’un qui n’est pas encore amoureux de lui.
Enfin bon, c’est une lettre d’amour différente des deux autres.
Fin de la digression)
Six plus trois, nous en sommes à neuf,
là, je crois que j’ai tout ce qu’il me faut.
Il y aurait peut-être une lettre de Van Gogh à son frère qui pourrait donner un duo de garçons,
je la mets de coté.
On verra plus tard.
Alors maintenant, qui pourrait danser quoi ?
Anaïs a déjà son solo.
L’adieu à Cambridge de Xu Zhi Mo va forcément aller à Cheng Wei.
Je le vois très bien là dessus.
D’autant qu’on va pouvoir faire en sorte qu’il ressemble à l’auteur.
Comme prévu, la lettre à Adèle me permettra de profiter de la belle complicité d’Anaïs et Cheng Wei où mon petit frère de l’est sera un amoureux transi à souhait comme il sait si bien le faire,
pour Wan Chu, j’hésite.
Elle pourrait être la femme aimée d’Abdelatif Laabi, mais je la vois aussi très bien incarner la voix de Françoise Hardy dont on entendra pas le timbre de voix si ... enfin tellement ...
Sauf que ce texte est tellement beau que j’aimerais bien que Mike le dise.
On serait donc sur un duo danseuse acteur ?
Pourquoi pas
Je trancherai plus tard.
Tout le monde semble plus ou moins avoir une partition de danse en solo, sauf moi.
Et pour l'instant, je ne vois pas trop où je pourrais me poser.
Cela dit, est-ce vraiment nécessaire que je danse seul encore une fois ?
En serais-je encore capable ?
Si on dit que oui, il y a peut-être le fameux « si je ne reviens pas ».
C’est moi qui parle, je pourrai le danser ?
Mais ce texte est long.
Et ça serait peut-être une belle idée qu’on le mette en perspective.
Donc pas de moi sur ce texte.
Mais … perspective …
Si je danse quelque chose, il faudrait que ce soit sur une lettre que l’on m’a écrit.
Fred !
La réponse de Fred.
Quand je lui ai envoyé quelques souvenirs du spectacle de Marignane, sa réponse m’a beaucoup émue.
Cette fameuse phrase : « hâte de retrouver pour de nouvelles aventures » a, je crois, été le facteur déclencheur.
Le moment où je réalisais que tous ces amis, avaient vraiment envie d’encore.
Voilà.
C’est court,
et ça me permettra de lui faire un cadeau que j’espère joli.
Cette fois-ci, je crois que j’ai tout ce qu’il me faut.
Il n’y a plus qu’à laisser infuser, être inspiré, créer des musiques, imaginer ce qui pourrait être à l'écran et peut-être utiliser d’autres éléments scénographiques que j'ai pas encore à l’esprit.
Il va aussi falloir que j’affine la distribution, que je décide de l’ordre.
Et puis … ça ira.
Peut-être …
La montagne est devant moi, il faut trouver le bon sentier pour arriver à l’endroit d’où j’aurais le meilleur point de vue.
Le titre ?
Ça pourrait être chose qui tourne autour des lettres dansées, mais je sens que « si je ne reviens pas », cette chose que j’ai écrit à mes amis à propos de mon hypothétique départ, va prendre de l’importance.
Au fond, cette création-là, je la fais pour eux.
D’autant que quand je doute ces derniers temps, c’est certes à propos de mon avenir, mais aussi de celui de cette famille que je me suis créée.
Le titre de cette lettre pourrait aussi être celui du spectacle.
C’est assez joli : « si je ne reviens pas »
Surtout si après cette pièce, je réponds par la négative à la question de mon hypothétique retour sur une scène.
Cette fois-ci, les dés sont jetés.
Enfin … disons que j’ai les dés en main et je suis sur le point de les jeter.
Pas sûr que j’y sois prêt, mais l’idée fait son chemin, et j’ai le sentiment d’avoir bien avancé.
Le voyage à Taïwan qui se profile dans quelques semaines sera l’occasion de décider si je range ces dés dans leur boîte,
ou si je les jette une nouvelle et peut-être dernière fois.
Le ressenti de mes amis m'aidera à prendre une direction.
Quelle qu’elle soit.
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